« Non, non, non ! » À la question : « Seriez-vous prêt à quitter le Racing pour évoluer dans un autre club ? », Jean-Claude Kura est catégorique. « Le RC Lens c’est toute ma vie. Je m’investis à 100%. » Avant de finir sur une petite pointe d’humour. « Même pour tout l’or du monde, je n’irais pas chez le voisin d’en haut ! » s’exclame-t-il. Son survêtement noir revêtant l’écusson sang et or ne peut le trahir.
L’amour du club, le dirigeant - aussi appelé délégué - l’a depuis ses 10 ans, à l’époque de ses premières escapades au stade Bollaert-Delelis. « J’habitais rue de Londres, à 20 minutes de Bollaert. J’allais à pied et je montais dans les arbres près de la tribune Lepagnot pour regarder les matchs. » Les souvenirs de supporter réémergent peu à peu. « La demi-finale retour Lens-Bastia lors de la Coupe de France 1972, c’était un grand moment. Même si on ne se qualifie pas au bout (3-2 en cumulé), je me rappelle du but d’Eugeniusz Faber et d’avoir jeté des pétards derrière la cage bastiaise pour déconcentrer le gardien (ndlr : Ilija Pantelić). »
Également joueur dans les villes voisines de Loison-sous-Lens ou encore Billy-Montigny, le sexagénaire est arrivé au Racing à la fin des années 70. « Je devais avoir 27 ans. C’est mon beau-frère, Louis Plet, secrétaire général et administratif du club, qui m’a fait entrer. » Le début d’une grande aventure.
« Le dirigeant, c’est comme un deuxième père »
Au moment d’évoquer son « deuxième métier » (retraité à ce jour, il a longtemps travaillé dans les assurances), Jean-Claude Kura est on ne peut plus explicite. « C’est simple, sans les dirigeants, il n’y a pas de club. » En effet, le délégué joue un rôle prépondérant dans l’organisation autour des rencontres. « Il faut gérer tout le côté administratif. C’est-à-dire les maillots, la feuille de match, les arbitres,… »
Aux côtés d’entraîneur de renom comme Joachim Marx, Daniel Leclercq ou encore Chérif Oudjani, il ne garde que le meilleur. « J’ai été dans toutes les catégories d’âge. On a fait de très beaux déplacements avec des tournois à Marseille, en Bretagne et même à la Réunion et en Guadeloupe. Des super souvenirs » se remémore-t-il en hochant la tête. Des endroits bien différents mais où un amour et un profond respect pour le Racing transpiraient. « On était des messies ! Lens était très apprécié. Le rêve pour les clubs qu’on croisait, c’était d’aller à Bollaert. »
Aujourd’hui, Jean-Claude Kura cultive la bienveillance avec les U9 dont il a la charge. « Le dirigeant, c’est un peu comme un deuxième père pour certains gamins. C’est gratifiant de les encourager, de les voir réussir un geste mais il faut aussi être là pour leur remonter le moral dans les moments plus difficiles. » Pour ces moments, le délégué a la solution. « Je fais le comique avec eux ! J’essaie toujours d’apporter du positif tout en mettant des barrières. S’il faut tirer les oreilles, je n’hésite pas », rajoute-t-il en riant.
Côté terrain, dans le sillage des coachs, il tente de transmettre sa vision d’un football simple, sans fioritures. « Je dis toujours aux jeunes : c’est bien si tu es bon techniquement mais hors de la surface ça ne sert à rien. Dans la zone, tu peux dribbler pour provoquer un penalty ou déborder mais sinon c’est une touche de balle. Ce n’est pas mon rôle de le dire, c’est celui des coachs, mais c’est comme ça que je conçois le foot. »
Cet apport sur les aspects sportifs et psychologiques s’accompagne d’une aide au niveau logistique. « C’est un vrai engagement. J’en ai fait des kilomètres pour les enfants ! » s’amuse-t-il, « Et il y a les équipements aussi. Avant, il fallait aller à Bollaert pour les récupérer. » Mais le délégué a toujours fait ça « de bon cœur », avec un dévouement sans faille.
« Nous, on est ouvrier, on donne de la sueur »
Cette abnégation, Jean-Claude Kura la tient de sa région natale. « Je suis attaché aux valeurs de Lens », résume-t-il « La différence avec d’autres clubs, c’est que l’on est ouvrier. On représente la région minière, on donne de la sueur. Notre identité, nos racines, c’est tout ça. » Il désigne le Centre Technique et Sportif de la Gaillette du doigt. « C’est beaucoup de travail ».
Le travail, le nerf de la guerre pour le dirigeant. « Un joueur comme (David) Pereira da Costa, je l’ai connu en U16 et ça se voyait déjà qu’il allait finir en pro. Il a les qualités mais aussi les à-côtés. » Selon lui, les « à-côtés », ce sont les petits efforts en plus. « C’est la mentalité de battant. Se battre à la récupération, se surpasser dans les duels,… Il y a le facteur chance qui entre en jeu pour passer pro mais derrière il faut faire le maximum en travaillant dur. »
En plus de 40 ans à fréquenter les couloirs de la Gaillette, le Liévinois a vu passer du beau monde. Avec une certaine affection pour les parcours moins linéaires. « Un bon exemple, c’est Pierre Laigle. En minime et même après, il n’était pas souvent avec l’équipe A. Et puis finalement, il a eu une très belle carrière (ndlr : 8 sélections en Equipe de France). Ça prouve que quand on est jeune, il faut toujours y croire. »
Plus récemment, « les parcours de Thomas Delaine ou Antoine Hainaut – tous deux formés à Lens – sont inspirants. Ces joueurs n’ont pas fait les sélections régionales ou autres mais ils ont persévéré. » Aujourd’hui, le premier évolue au FC Metz en Ligue 1 tandis que le second vient de signer en Serie B italienne à Parme.
Un accomplissement pour eux, une fierté pour Jean-Claude Kura qui ne souhaite que voir de nouvelles pépites éclore dans les générations futures.